Au Sujet de la Carte Postale

 

1928:

« Sur une carte postale » billet de la journaliste Ginevra dans Le Soleil.

Elle ressemble à une étude au fusain. C'est un paysage où l'on voit de grands sapins noirs au pied des montagnes dont le sommet est couvert de neige. Dans le lointain on aperçoit une maison au toit sombre, dont le côté est éclairé par le clair de lune. Au premier plan, un chemin illuminé également par l'astre de la nuit. Une petite niche au bord de la route protège la Madone, toute blanche, dont on n'aperçoit que le profil.

C'est un paysage de rêve, tel qu'on en passe le soir en automobile et que l'on ne reconnaîtrait pas si on les voyait en plein jour. Il éveille pourtant dans notre âme comme un lointaint souvenir. En quelle année, par quelle saison, en quelle compagie l'avons-nous contemplé par une belle soirée? La maison elle-même abritait peut-être des gens que nous conaissions. Ses fenêtres closes ne nous livrent pas leur secret. La fumée n'élève plus son panache au dessus de l'unique cheminée, le chien n'est pas venu aboyer au bord de la haie. Les habitants sont endormis dans la paix de cette heure très douce, ou bien ils ont abandonné le nid de leurs premières amours. Fatigués de leur solitude et de cette beauté immuable des choses, ils ont fui vers la ville tumultueuse, où l'on n'a pas le temps ni de respirer ni de vivre. Ils ne reviennent plus qu'en passant vers ces lieux qui leur furent familiers. Si je regardais encore quelques minutes, leur ombre m'apparaîtrait peut-être accolée aux rameaux sombres des sapins.

Seulement, je ne scrute plus l'énigme et je remets sur mon bureau la carte postale aux tons noirs et blancs, qui fournit le sujet de ce billet.

Jeudi 3 août

 



1961:

« Une simple carte postale » est une chanson française interprétée par Jean Claveau.

interprètes : André Claveau - Maria Candido
paroles : Guy Bertrat - Roger Desbois
musique : René Denoncin - 1961 éd. Arpèges

Vous qui partez, sur le chemin, de par le monde
N'oubliez pas que vous laissez derrière vous
De la tristesse et des regrets qui vagabondent
Au cœur de ceux qui sont heureux près de vous.
Vous qui partez gonflé de joie l'esprit bohème
Pensez un peu à tous ceux que vous laissez là
Aussi pour ne pas oublier ceux qui vous aiment
Envoyez leur un petit mot, ça suffira.

 

Une simple carte postale
Avec au dos une pensée
Une pensée, c'est une escale
Sur le chemin que vous suivez
Même si la chose est banale
Il est si bon de recevoir
Une simple carte postale
Et tout l'espoir de se revoir.

Nous qui faisions tant de projets pleins d'espérance
Vous êtes loin, loin de mes bras en cet instant.
Hier au soir, je vous ai dit : Bonnes vacances
En ajoutant : Pensez à moi de temps en temps.
Quand vous serez, sous le soleil, le cœur en fête,
Quand vous vivrez près de la mer des jours très doux,
Souvenez-vous dans votre joie la plus complète
Que j'aimerais un mot gentil, un mot de vous.

Une simple carte postale
Avec au dos une pensée
Une pensée plus qu'amicale
Que vous aurez soin de cacher.
Envoyez-la sous enveloppe
Ne la laissez pas au grand jour
Et nous garderons de la sorte
Tout le secret de notre amour.



2007:

« Carte Postale » est un texte de Louis-Philippe Hébert tiré de Le livre des plages, éd Herbes Rouges

Moi, j'aime bien sûr les cartes postales. À cause de l'image, bien sûr. L'image qui ne veut rien dire. Mais qui est là. Tout à fait digne de s'appeler « illustration »... Incongrue parfois mais toujours coïncidente. J'aime bien aussi cet espace vraiment restreint où il faut tout écrire sans débordement. Enfin, sans déborder. Éviter que le texte n'envahisse l'adresse. Que la création ne contamine l'utilitaire. Et puis, il y a quelque chose de très physique, de très matériel, dans l'objet lui-même. De très manuscrit. Le caractère non confidentiel de la communication - la carte peut être lue par tous, le facteur notamment - lui donne un cachet (de la poste - je ne peux y résister, c'est si impertinent) exhibitioniste et contribue au dévoilement de l'intime, j'oserais : au dévoilement de l'intimité. Inpossible d'être expansif dans ces conditions, mais combien de sous-entendus peuvent être glissés dans une même phrase. Il y a, de plus, un caractère impromtu, incorrigé et incorrigible, dans la carte postale. Un côté brouillon qui plaît à mon esprit autrement si rigoureux, si perfectionniste... Les délais de livraison de la carte, imprévisibles compte tenu du nombre de lecteurs, ajoute au plaisir d'un incorrigible retardataire, non?